Sommeil

De plus en plus de gens portent des montres connectées. Ils peuvent ainsi surveiller certains paramètres telles que le nombres de pas effectués, la pulsation cardiaques, le taux d’oxygène dans le sang…
Je porte une montre connectée d’un grand constructeur, la mienne me sert principalement pour le sport. Je surveille principalement ma fréquence cardiaque, le nombre de kilomètres effectués pendant une sortie, sa durée, le dénivelé, les métriques de course telles que la cadence, la longueur de la foulée, le rapport d’oscillation verticale, la perte de vitesse moyenne au sol ou le temps moyen de contact avec le sol. Ces données me sont données par une ceinture cardiaque qui est bien plus précise que la mesure au poignet et qui possède ses propres accéléromètres pour effectuer les mesures d’oscillation du corps.
Je porte ma montre 24h/24h, pour détecter une éventuelle anomalie, et pour bénéficier de l’analyse du sommeil qui est l’un des piliers de la préparation physique. Et surtout pour lire l’heure d’abord !
Il faut d’abord analyser comment fonctionne le capteur optique d’une montre connectée. Les montres font appel à la photopléthysmographie, sous ce terme barbare se cache une méthode mesure de la variation de volume sanguin au niveau du poignet. Chaque fois que le coeur bât, une augmentation du volume sanguin est constatée, la montre envoie une lumière verte qui est renvoyée vers le capteur, ce capteur mesure les variations de lumière et un puissant algorithme effectue le tri entre toutes les informations reçues pour évaluer les variations de pression sanguine liées aux battements de coeur. Les mouvements du poignet, les contractions des muscles exercent aussi des variations de pression sanguine qu’il convient de filtrer, d’autres phénomènes physiques peuvent produire des artéfacts de mesure, tels que la transpiration, les glissements de la montre sur le poignet ou un serrage excessif du bracelet qui compriment les tissus en empêchant le sang de circuler librement. Ainsi, on obtient une approximation du rythme cardiaque qui n’est absolument pas entaché d’erreurs, avec un résultat provenant bien plus souvent de probabilités que de la mesure réelle.
Pour pallier à cette imprécision des capteurs optiques, une ceinture cardiaque est plus précise, mais elle aussi est soumise à des perturbations qui sont corrigées par des algorithmes. En effet, elle peut glisser, ce qui perturbe la qualité des contacts électriques. Une ceinture cardiaque mesure les impulsions électriques qui provoquent les contractions du coeur. C’est le principe de mesure utilisé en laboratoire. Je porte une ceinture pour mesurer mon coeur lors d’efforts à haute intensité, tout en sachant que la mesure est lissée. Pour exemple ; ôtez la ceinture et vous verrez sur votre montre connectée que la pulsation continue à être affichée alors que la ceinture ne peut absolument rien mesurer ! Ceci dit, même si la ceinture cardiaque possède l’avantage d’être plus réactive que la montre, elle ne possède pas la précision de matériel médical.
Après cette introduction, je vais revenir au coeur du sujet : la « mesure » de la qualité du sommeil. Et oui, la montre est soit disant sensée effectuer des mesures de la qualité du sommeil en affichant des données de sommeil profond, paradoxal ou léger. Chose que l’on peut effectuer en laboratoire en plaçant des électrodes sur le crâne pour mesurer l’activité électrique du cerveau, chose difficile à effectuer quotidiennement !
Pourquoi ai-je fait des expériences ? Tout simplement parce que ma montre m’a indiqué que j’avais fait la sieste en fin de journée. J’étais simplement en train de travailler sur mon ordinateur sans bouger. Ma fréquence cardiaque était très basse et les accéléromètres de la montre avaient indiqué que je ne bougeait pas, donc que j’étais probablement endormi, ce qui n’était vraiment pas le cas !
Le sommeil est important chez un sportif, qui se réfère aux données de sa montre pour en connaître la qualité puisqu’elle possède cette fonction. Et si la montre donnait des indications fausses ? C’est la question que je me suis posé.
J’ai fait le test suivant : je n’étais pas fatigué, et j’ai joué sur mon téléphone dans mon lit jusqu’à trois heures du matin sans bouger la main qui tenait le téléphone, comme je n’étais pas fatigué, mon coeur s’est mit à se ralentir, comme quand je dors. Je me suis endormi à trois heures du matin et le réveil a sonné à six heures. J’ai regardé les métriques du sommeil, toutes les phases du sommeil étaient correctement renseignées :
- endormissement à 22h40’
- réveil à 6h06’
- bonne qualité du sommeil
- sommeil profond de 1h19’
- sommeil paradoxal de 1h15’
- sommeil léger de 4h45’
- FC repos de 58BPM
- VFC de 42ms
Mort de rire, je me rendors pour faire une grasse matinée, rassuré de savoir que les données de ma montre étaient totalement farfelues.
Pourquoi étais-je rassuré ? Parce qu’à chaque fois que je faisais un entrainement le soir, ma qualité de sommeil était carrément mauvaise, alors que mon corps me disait l’inverse. Je me réveillais frais et dispos, aucune douleur, l’esprit lucide et les paupières légères avec une belle énergie pour attaquer ma journée.
Je sais pertinemment que de faire des exercices intenses le soir empêchent de dormir correctement. C’est la nature qui veut ça, notre coeur doit effectuer un nettoyage de tout le corps pour éliminer tous les déchets produits par les efforts musculaires. Si on attend suffisamment tard, que le coeur soit bien redescendu, alors on ne passe pas son temps à se retourner dans son lit.
J’effectue un deuxième test. Je ne vais pas indiquer à ma montre que je m’entraine le soir, je pars faire une séance de seuil à 170 BPM pendant 30 minutes de 19h00’ à 20h00’ avec l’échauffement de 15’, la récupération et le retour chez moi à bicyclette. Coucher à 22h30 et réveil à 7h00
Le résultat tombe : nuit excellente !
En conséquence, il ne faut pas tenir compte des indications de sa montre, Surtout pas, car elles sont basées sur des calculs de probabilités, pas sur des données réelles, l’activité du cerveau ne peut pas être mesurée par les variations de pressions sanguines. Si ta montre te dit : « Tu as fait du sport hier soir, donc tu as mal dormi cette nuit ! ». Ne l’écoute surtout pas !
Je pense qu’on doit écouter son corps avant tout, ça s’apprend et ce n’est pas difficile.
Image : (Photographie non retouchée de la lune dans les nuages)