Chargé

Elle dit : « Vous êtes trop chargé ; je ne peux pas vous dire au-revoir ! ».
Oui il était chargé : un sac à dos bien rempli, une mallette, un sac d’épaule et un trépied en bandoulière. Mais il ne pensait pas que ce soit de ces objets dont elle voulait parler.
Il y avait un peu plus d’un kilomètre pour arriver à la gare, la marche à pied lui permettrait de réfléchir, ce qu’il fit sans se poser trop de questions.
Oui, il était chargé ; trop chargé émotionnellement. Cela l’empêchait de prendre des décisions rapides, tout se télescopait dans son petit crâne encombré. Les suppositions non avérées s’entremêlaient avec un présent qui était bien réel, se créaient des projections qui n’avaient aucune chance de se produire. Il se dit qu’il fallait faire du ménage, évacuer tout le superflu inutile. C’était urgent et nécessaire.
Il le fit, retrouva une vieille connaissance qu’il n’avait pas vue depuis fort longtemps. Il se rendit compte que rien n’avait changé. Il obtint le contact d’une personne avec laquelle il n’avait pas réglé un différent qui trainait depuis plus de vingt ans. Il se rendit compte qu’il n’avait pas été oublié, que le passé resurgit sans le blâmer ni le rejeter. Il comprit qu’il était pardonné, qu’il avait retrouvé un véritable ami qu’il croyait à jamais disparu.
Il téléphona à toutes et tous avec lesquels les choses n’étaient pas claires, mit les choses à plat. Il exorcisa les fantômes du passé, ces esprits qui le hantaient depuis trop longtemps, il prit soin de ne pas penser à tous ceux qui n’en valaient pas la peine.
Aussi il se débarrassa du superflu, des derniers poids qui l’empêchaient d’avancer. Il redressa la tête et admira le ciel au lieu de regarder obsessionnellement là où il devait mettre les pieds. Il pouvait enfin savourer quelque chose qu’il venait de retrouver alors qu’il marchait à ses côtés sans même l’apercevoir : la liberté. Alors d’un coup, il se sentit léger comme il ne l’avait jamais été…
Laurent Minh
Photo : homme pensif marchant sur le pont de Grenelle, juillet 2023